lundi 11 février 2013

White Fence - The Fall and the Rise - Interview 3/3

Pic ©Angel Ceballos


English version's link here



C'est donc toujours ce fameux 10 décembre dernier au Point FMR, que nous rencontrons le californien Tim Presley aka White Fence, seul cette fois. A noter que le concert qu’il a donné ce soir là fut fabuleux. On en a pris plein la vue, plein les oreilles, plein le cœur lors de sa prestation généreuse et même bien plus que ça…

Ce n'est pas un secret, Tim Presley n'a jamais été très loin de nous, ou l'inverse.
En 2010, on le découvre sur plusieurs projets. D’abord son 1er album éponyme sous le pseudo White Fence (Make a Mess Records), ovni inattendu et surprenant dont on est instantanément tombé amoureux. En grattant sa façade lo-fi, on y rencontrait un univers foisonnant d’idées, de chansons, de sincérité, d'une infinie richesse... Il est bien rare de trouver un musicien, qui puisse donner une consistance et une couleur au son comme lui peut le faire.
Cette année là, il sortait aussi un album avec son groupe Darker My Love, le sous estimé « Alive As You Are » et participait à celui de ses amis des Strange Boys, Be Brave.
Quelques collaborations plus tard, il confirme avec Is Growing Faith (2011, Woodsist), un album devenu une référence en à peine deux ans. S'en suivent les Family perfume 1&2 (2012, Woodsist), psyché-ballades pourtant bien conscientes, puis l’album avec Ty Segall, Hair (2012, Drag City), qui, vous vous en doutez ne pouvait être qu'un de nos albums préférés.

Au milieu de tout ça, Tim trouve le temps de monter un label (Birth Record) sur lequel il signe Jessica Pratt et son magnifique album éponyme, mais surtout de répondre à nos questions. Cette interview est la troisième et dernière partie de notre feuilleton en trois actes : White Fence, The Fall and the rise.
(Première partie ici, seconde partie ici).





x White Fence, c’est lié à Los Angeles ?

Tim : C’est le nom de l’un des plus vieux gang de LA, qui date des 20’s. White Fence fut le premier gang latino en fait. Dans les 20’s, tous les émigrants faisaient parti d’un gang, les juifs, les irlandais, les mexicains etc… tous dans le même gang. 
Et puis, historiquement, ils ont eu un côté un peu punk, comme dans les 30’s et 40’s où ils ont pris part aux émeutes Zoo Suit, qui était une sorte de rébellion envers la société de l’époque. Ils n’ont pas rejoint la Navy , ils s’habillaient de façon extravagante... On a pu retrouver un peu ça avec les Mohawks dans les 90’s (crise d’Oka).

J’ai beaucoup lu sur les gangs et étudié leur histoire et leur culture, particulièrement sur les anciens de LA et New York comme le Five Points Gang au XIX siècle par exemple. C’est vraiment intéressant.

Et comme on l’a évoqué avec Guillaume des Feeling Of Love, pour moi le nom White Fence renvoie à deux choses. D’abord la juxtaposition entre la vie de gang, qui est très violente, mauvaise et renvoie au mal et le lien d’amour très fort qu’on peut y retrouver au niveau familial notamment.
D’un autre côté, ça évoque aussi les clôtures à piquet blanc devant les maisons américaines, symboliques de la famille américaine aisée typique… Ça peut sembler parfait mais si tu creuses un peu, tu peux trouver des choses maléfiques…
C’est un peu le Yin et Yan de ces deux choses qui ont chacune des côtés sombres. Je trouvais ça intéressant.





x Tu as déjà plusieurs vies / carrières musicales derrière toi… tu vois ça comment ?

T: Tout est vraiment différent en fait. Darker My Love c’est vraiment un groupe avec plusieurs personnalités, comme un serpent à cinq têtes… avec moi et Rob Barbato en tant que songwriters. Pour les Strange Boys, je n’étais pas un membre à part entière, c’était plus pour s’amuser et leur filer un coup de main. The Fall, c’était plus ou moins la même chose. Et The Nerve Agents, c’était (rires), mon premier groupe, donc du fun, on était des gamins qui faisaient les fous…
White Fence, c’est moi à 100%. L’enregistrement, l’écriture, tout ça, c’est moi seul.


x Ça en est où d’ailleurs Darker My Love?

T: Mmm, et bien c’est quelque chose qu’on a fait pendant pas mal de temps, on a beaucoup tourné etc… On va dire qu’on fait un gros break, un hiatus quoi. Ce n’est pas que ce soit terminé, car on n’est pas séparé mais plutôt que d’une part, j’ai envie de faire ce que je fais actuellement et d’autre part les autres ont aussi leurs choses.
Ils jouent d’ailleurs actuellement avec Cass McCombs. En fait, le groupe de Cass McCombs c’est tous les Darker My Love sauf moi (rires).
Donc, voilà, pour l’instant, chacun fait son propre truc, on essaie des choses différentes et ça fait aussi du bien.


x Tu peux nous parler de ta relation avec le légendaire Mark E. Smith avec qui tu as joué dans ses mythiques The Fall (Tim et Rob Barbato de Darker My Love avaient été recrutés par Mark E Smith pour une tournée américaine et un album, Reformation Post TLC).

T: Et bien je l’ai eu au téléphone il n’y a pas si longtemps. Ils étaient aussi en tournée donc on voulait essayer de se voir mais c’était un peu compliqué car on allait pas aux mêmes endroits… On est resté bons amis.

xTu as tourné avec eux il n’y a pas longtemps aux US ?

T: Non en fait, la tournée aux US était en 2006 ou 2007. Mais je les ai rejoints en Novembre dernier (2011), pour une dizaine de dates pendant un mois.




x Ça se passe comment entre des jeunes musiciens comme vous et un mec comme Mark E. Smith qui a une certaine réputation?

T: Et bien ça s’est passé de façon naturelle pour moi car j’ai appris dans le milieu punk et hardcore. Pour Rob, c’est différent mais il est très professionnel et Mark aime les gens professionnels donc ça a tout de suite accroché.
En fait, au 1er concert qu’on a fait avec The Fall, j’avais du dire à Mark quelque chose comme « Oh merci beaucoup, c’est génial » en mode fan… et lui m’a répondu sèchement « Assez de ce putain de léchage de cul, va faire ce putain de soundcheck ! » Et moi j’étais là « Oh merde, pourquoi j’ai dit ça » (rires). Donc depuis ce jour, je me suis juré de plus dire un truc pareil. Et on est resté amis donc c’est cool.
Je pense qu’il a apprécié notre façon de faire « à l’américaine ». C’est soit disant différent… Lui pense que les musiciens anglais sont des fainéants égocentriques… Et nous on voulait faire les choses bien, donc on a surement réussi, à la cowboy (rires).

x Est-ce qu'il connait White Fence ?

T: Oui bien sur ! Pour la petite histoire, lors de la dernière tournée que j’ai fait avec eux en novembre 2011, il est sorti de scène car il était malade, une grosse fièvre en plein milieu d’un concert qu’on donnait à Glasgow. Et il me dit, « Vas-y, joue… The Love Between ». Donc on l’a jouée tant bien que mal, c’était tellement embarrassant (rires). Il voulait se reposer un peu et il fallait que je joue ma putain de chanson, The Love Between…
J’ai beaucoup appris à ses côtés. Et c’est vraiment quelqu’un que je respecte. Autour de quelques verres, on délire pas mal d’ailleurs (rires).




x Tu fais partie de la scène de San Francisco maintenant ? et plus particulièrement de la famille Castle Face Records ?

T: (rires) Ouais… je vais d’ailleurs sortir un nouvel LP qui s’appellera "Cyclops Reap" sur Castle Face. Ça sortira logiquement en mars. Je vais également sortir un 45t édition limitée avec une chanson du nouvel album ainsi que deux inédits . ça sera une sortie commune sur mon label Birth Records et Castle Face.
Je suis aussi sur la nouvelle compilation Grouplex II.

Fresh & Onlys, Sic Alps, Thee Oh Sees, etc… c’est un bon syndicat du son!
Je sais pas comment ils font tous, car personne n’a de thunes (rires).
Mais bon, pour faire quelque chose d’artistiquement pur, tu dois avoir faim, te sentir mal à l’aise, triste… je ne sais pas, c’est comme les artistes qui aiment être torturés… (rires)



x Vous semblez aborder la musique de façon différente, loin du « music business » et avec un public présent et fidèle.

T: Je pense que c’est plus honnête comme ça.
Et il faut aussi comprendre que je suis personnellement passé par le côté « music business ».
Avec Darker My Love notamment. Tu dois jouer le jeu : « Tu dois faire ce concert… c’est bon pour la promo… » et tu le fais mais tu te sens tellement vendu que c’en est horrible. Les avances, le tour support… j’ai connu ça…
Je suis plus heureux maintenant. Je pense que je suis plus moi-même. Moins d’argent mais plus heureux. C’est marrant, je sais juste que je peux être libre, dans ma chambre et faire ce que je fais.


x On a pu aussi se réjouir en 2012 de ta collaboration avec Ty Segall pour l’excellent album « Hair ». Vos projets solo sont plutôt différents d’ailleurs…

T: Oui c’est vrai, c’est aussi pour ça que ça a si bien fonctionné.
Ty est plus jeune que moi et je pense qu’au moment de notre rencontre j’écrivais des trucs un peu plus folk, le côté un peu soft de White Fence.
Etre à ses côtés, ça a fait ressortir cette énergie dormante en moi. C’était toujours là mais parfois il te faut quelque chose ou quelqu’un qui soit déclencheur.
Par exemple, il y a quelques années où j’étais à fond dans The Pretty Things, c’était ma bible… Lui a fait resurgir ces influences mais aussi d’autres trucs comme The Germs qui était aussi un groupe que j’ai beaucoup écouté…
Je pense qu’il a réveillé mon côté rock primitif et sauvage et peut être que j’ai fait ressortir ses côtés bizarroïdes, plus expérimentaux… Si tu as deux personnes trop proches, ça peut être assez ennuyeux.
Il est aussi tellement enthousiaste à faire de la musique… J’aime bien foncer et faire les choses et ne pas penser à ce que ça va donner. C’était très cool car on avait ce même processus, c’est assez bizarre, étrange, un peu magique…

x Est ce qu’il y aura une suite?

T: Oui, on va s’y mettre quand je rentrerai. On va essayer d’enregistrer quelques trucs…






x C’est une excellente nouvelle ce prochain album, Cyclops Reap, qui sortira chez Castle Face Records, tu peux en parler ?

T: Oui, ça sortira surement vers mars, par là.
Ça s’est fait de la même manière que pour le précédent, le double album Family Perfume (Vol 1 et 2).
Pour ceux là, j’avais tellement de chansons que j’avais vraiment besoin d’aide, j’étais incapable de faire le tri.
Ty a aussi joué un rôle là dedans, il m’a aidé à mettre en place et organiser le tracklisting pour le volume 1, ce fut un soulagement. Ça m’a aussi aidé à mettre en ordre moi-même le volume 2. Il y a d’ailleurs toujours plein de chansons qui ne sont pas sorties… donc c’est toujours un peu compliqué.
Pour le prochain, on a procédé de la même façon avec John Dwyer (Thee Oh Sees et Castle Face Records). J’ai du lui filer une trentaine de chansons et il en a pris une dizaine (rires).
C’est bien car même s’il ne choisit pas celles que j’aurai gardées, au moins ça me donne une idée sur celles qui sont vraiment bonnes.

Il faut comprendre que je fais ça tous les jours, écrire et enregistrer. C’est maladif, c’est assez bizarre… Et je suis tellement dedans que je n’ai pas de perspective sur ce qui est bon ou pas.
Par exemple, si je compose une chanson, je vais penser que c’est la meilleure que je n’ai jamais écrite. La semaine d’après, je vais en écrire une autre, que je vais aimer plus que la précédente, alors qu’en réalité c’est la première qui est mieux… Avant j’ai toujours fait partie d’un groupe donc avec des gens qui t’aident à trancher pour ça. Là vu que c’est moi tout seul, c’est compliqué. J’aimerais bien que ce soit autrement mais j’ai besoin d’aide mec ! (rires).







x : Tes chansons paraissent assez libres, et tu les réinterprètes d’ailleurs de façon complètement différente en sur scène…

T: Quand j’écris ou que j’enregistre chez moi, je ne pense, mais vraiment jamais, à comment ça pourrait sonner en live.
Ça sonne exactement comme je le souhaite au moment précis, je ne pense pas à une autre étape. Donc quand on joue ces morceaux sur scène, peut être que ce sont mes racines punk hardcore qui ressortent mais je veux que ce soit très intense plutôt que ça sonne « artisanal ».
C’est comme ça que je vois les choses, et le contraire n’est pas envisageable… Rock and Roll… Pour le meilleur ou pour le pire.
Il y a des gens qui ne vont peut être pas aimer, d’autres qui vont aimer, je ne sais pas, mais c’est comme ça. Je ne peux pas monter sur scène et faire semblant… j’ai juste envie que ce soit comme un gros « ahhhhhh !».

X : Par rapport au titre de ton 2e album « Is Growing Faith », c’est quoi cette foi ? (littéralement la foi qui grandit) je pense aussi à ces paroles « I’d sing this song for my weakness » ("I’d sing" sur Family Perfume vol. 2)…

T: Le titre “ is Growing Faith” évoque ma propre foi en moi-même.
Ça renvoie aussi à cette façon conceptuelle de faire de l’art comme pour la peinture, la photographie qui te pousse à faire les choses toi-même, à continuer... Tu dois essayer, même si personne ne le voit pas. Je pense qu’à la fin de ta vie, tu sais que tu aurais souhaité l’avoir fait. C’est la seule chose qui t’appartient pleinement et peut faire de toi une personne heureuse. Faire ces choses créatives… Et si tu n’es pas créatif artistiquement parlant, et bien peu importe ce que tu fais, fais-le.
Ces paroles « I’d sing this song for my weakness » (« je chanterais cette chanson pour mes faiblesses »), c’est plus par rapport au fait d’essayer d’écrire la chanson parfaite, ce que je n’ai pas fait…







- White Fence - Nouvel album "Cyclops Reap" (Castle Face Records), sortie mars 2013
- Discographie White Fence sur les labels Make A Mess, Woodsist, Castle Face Records, Birth Records etc…
- Lien FB



B & J / FGC.



Aucun commentaire:

Publier un commentaire