vendredi 1 février 2013

The Feeling of Love of White Fence - Interview croisée 2/3



FOL Pic ©Pascale Cholette - WF Pic ©Alexandre Kurek

English version's link here


De l'Est à l'Ouest, le soleil s'est levé sur Paris ce 10 décembre 2012. Et pourtant c'est en pleine nuit que la belle aurore a eu lieu. A son zénith, les américains de White Fence, représentés par Tim Presley et les messins de Feeling of Love, guidés par Guillaume Marietta. Dans le public, tous leurs adorateurs et nous au premier rang.

Il n'était donc pas question de les laisser se coucher sans récolter leur avis l'un sur l'autre. Voici donc la deuxième partie de notre interview en trois actes: The Feeling of Love of White Fence.
(Première partie par ici, troisième partie ici).

Ces deux là ont un parcours différent mais de nombreux points de rencontre. Ils se sont déjà croisés sur les routes, américaines et européennes pendant les tournées des uns et des autres, ont partagé un disque avec Ty Segall, et il coule de fait un même sang rock and roll dans leurs veines.

Ils font, ils sont l'histoire du rock aujourd'hui, loin de l'industrie, conservant une distance qui semble leur confèrer une inspiration surprenante. Indéniablement illuminés, ils cristallisent tout ceci en albums devenus "classiques" dans nos discothèques, comme en performances live possiblement gravées à jamais dans nos esprits. A nous de leur rendre, d'abord en les soutenant dans leur sous-diffusion, en les écoutant, mais surtout en écoutant ce qu'ils ont à nous dire.


x West Coast US VS Grande Triple Alliance Internationale de l'Est (White Fence vs the Feeling of Love)

Tim : Tu as quel âge toi?
Guillaume : Je suis plus vieux que toi.
T : Non ce n’est pas vrai, tu dois avoir 26 ou 27 ans!
G : Plus! J’ai 32 ans maintenant.
T : 33 pour moi.
G : Ah je pensais que tu avais dans la vingtaine…
T : et non mec.
G : C’est génial.
T :Donc on est de la même génération! (rires)


G :Et bien White Fence, j'adore. Pour plein de raisons. Au niveau des albums, j’aime la façon dont tu enregistres tout toi-même. Tu as plein de chansons dans chaque album…
T : Peut être un peu trop… (rires)
G : Oui peut être, mais c’est genre « rien à foutre » car tu pourrais faire quelque chose de très accessible avec seulement 10 chansons, un super bon son, ça pourrait être un album de hits. Mais tu ne le fais pas et c’est quelque chose que je respecte.
Mais tu sonnes plus lo-fi sur disque. Enfin, tu utilises des overdubs, plein de trucs comme des claviers, piano…
T : Des flutes, des cloches, des sifflements… des trucs bizarres…
G : Différentes guitares, plusieurs vagues… plein de sons des “tuuuuuuu “ , et puis « pshiiiittt », j’adore… Je pourrais dire d’autres choses mais en anglais je ne peux pas (rires).
T : C’est une question difficile !
G : Et sinon, White Fence en live, c’est complètement différent et beaucoup plus puissant que sur album, c’est quelque chose que j’apprécie.

T : A propos de Feeling Of Love, je trouve qu’il en ressort beaucoup d’intensité que ça soit sur album ou en live. C’est puissant.
C’est lequel le nouvel album?
G : Le nouveau n’est pas encore sorti et le dernier c’est le rouge, avec les 2 enfants et le serpent.
T :J’ai celui-ci. Mais c’est lequel que vous aviez quand on a joué ensemble à San Francisco ?
G : Je me rappelle qu’on avait celui avec le tigre (OK Judge Revival).
T : Ah oui mais j’ai celui-là aussi…
En fait ce que je veux dire c’est que vous êtes aussi tendus sur album mais c’est plus puissant en live.
Je ne sais pas comment l’expliquer clairement. Par exemple, le mec de ma mère est fan de Creedence Clearwater Revival. Il était allé les voir dans les 60’s et ils ont joué exactement l’album, les mêmes arrangements, tout était exactement similaire, et il était super triste…
G : Oui je comprends.
T : Donc ce que je dis par rapport à vous c’est que c’est plus puissant sur scène.
G : Ça l’est.





x Lien entre artwork et musique...

T : C’est un tout, et ça doit rendre bien…
G : Je ne peux pas l’expliquer personnellement.
T : Après, ce sont des choses qui viennent inconsciemment. Ce n’est pas comme si je me disais « Ok, j’ai ces chansons, et par rapport à ce qu’elles sont, je vais faire tel artwork ». J’ai déjà procédé comme ça auparavant mais je ne sais pas. C’est différent pour chaque album en fait.
G : Ça vient du même esprit, et tu ne peux pas l’expliquer avec des mots. Ce n’est pas parce que j’ai écrit ces paroles que je vais dessiner ça. Par exemple, un artiste comme Daniel Johnston, il va pouvoir procéder en liant les deux choses, comme pour cette chanson Casper The Friendly Ghost… Il va dessiner et faire la chanson, ça peut marcher, en tout cas pour lui ça marche.



x Moteur créatif d’artistes prolifiques...

G : Moi, c’est parce que je me sens vraiment triste et inutile si je ne fais rien.
T : Pareil !
G : Je me sens comme une merde si je n’enregistre pas, si je n’écris pas une chanson ou si je ne dessine pas.
T : Je répondrais pareil, je me sens comme une merde si je ne fais pas quelque chose de créatif.
Comme une thérapie. C’est tout ce que j’ai, et qui me rend heureux.



x Le Velvet Underground

G : C’est l’une de nos principales influences oui.
T : C’est un peu la même chose qu’avec un groupe comme les Ramones.
C’est simple, puissant et libre. Tu peux écouter ça sans pour autant les copier musicalement parlant mais ça t’inspire complètement pour faire ton propre truc. Que ça soit simple ou difficile, peu importe. C’est juste quelque chose de libre. C’est assez bizarre d’ailleurs. C’est libérateur.
... C’est vraiment difficile de citer une chanson en particulier. Car parfois tu vas vouloir écouter… l’album Loaded. Si tu es plus dans une humeur « Loaded » (rires). Tu vois ce que je veux dire ?
G : Est-ce que tu as écouté l’album Squeeze ?
T : Oui bien sur ! (rires). Je l’ai cet album! pas en vinyle, je ne l’ai pas trouvé mais surement en mp3 ou autre…
G : Ouais, il a du être réédité il n’y a pas longtemps.
T : L’album de Doug Yule…
G : Tout seul…
T : « Doug Yule » mec ! (rires).



x Le qualificatif Garage.

T : C’est comme dans les 90’s avec le “grunge”.
G : Ou le punk avant.
Pour moi l’appellation garage ça renvoie juste à une façon simple de jouer du rock and roll. De façon instinctive. Tu joues, tu te branches et tu joues.
T : Ouais. Aux US on va parler de la scène psychédélique. Il y a beaucoup de groupes qui en font partie. Mais ce n’est pas à interpréter de façon péjorative. Il peut y avoir plein de façon différente de faire ça, heavy psychedelic, ou avec des sonorités plus électroniques…
Je comprends que les gens doivent mettre des étiquettes, mais je n’y pense pas vraiment. Tu peux m’appeler comme tu veux, peu importe… (en anglais dans le texte « You still can call me “Late for dinner”. ») (rires)
Et je ne dirais pas que Feeling Of Love est un groupe de garage.
G : Quand on a commencé, les gens de la ”vraie scène garage” française disaient « Vous ne faites pas du garage ». Nous on répondait « ok ! ». Et maintenant ils disent « Vous faites du garage ». Ok!
T : Ok! (rires) Cool, peu importe!
G : Oui, peu importe !





x Le contraste des noms...

G : J’ai commencé The Feeling Of Love seul, mais je ne voulais pas appeler mon projet avec mon propre nom. Je voulais trouver…
T : Un titre.
G : Oui, un titre, et tu peux mettre ce que tu veux dans un titre.
T : C’est vrai.
G : Et peut être que j’ai choisi un titre stupide… mais maintenant je pense que ça va, car de toute façon, toutes nos chansons ont comme sujet l’amour et les paroles traitent de ça… donc bon c’est comme ça, The Feeling of Love.
T : J’aime beaucoup ce nom. Et à vrai dire j’y pense vraiment souvent, je te promets ! C’est marrant, je ne sais pas pourquoi. (rires)
Parfois, tu peux avoir très mal, physiquement ou pas d’ailleurs, et ressentir ça, le sentiment d’amour, c’est un truc sérieux. C’est le sentiment le plus important.
G : Pour toi « White Fence », c’est le nom d’un gang, non?
T : Oui. Mais le nom évoque plus la juxtaposition entre le gang, sa violence et le fait qu’il puisse y avoir de l’amour entre ces personnes, par rapport à leur famille etc…
Ils vont voler, faire du mal à des gens, vendre de la drogue et des armes. Mais ils ont aussi cette attache, ce lien, très fort entre eux.
D’un autre côté, ça évoque aussi les banlieues/résidences blanches, avec cette image de la famille américaine, le papa, la maman, les gosses et leurs maisons avec clôtures à piquets blancs. Ils ont de l’argent, tout semble parfait. Mais ça cache aussi de mauvaises choses, des mauvaises personnes…
G : The Feeling of Love of the White Fence.
T : Ouais! (rires), c’est ça!




x La fin du monde (le concert s’est déroulé le 10/12/2012 mais la fin du monde n’a pas eu lieu)...

T : Ah la fin du monde? J’imagine que je vais mourir ! (rires)
G : Ah ouais? Moi je vivrai pour toujours.
T : Ah ouais, j’oubliais ça, je vivrai pour toujours aussi !
G : Ça te laisse deux options…



- Discographie White Fence sur les labels Make A Mess, Woodsist, Castle Face Records etc…
- Discographie Feeling Of Love sur les labels Born Bad Records, Kill Shaman, Captcha Records, etc… et par ici.


B & J / FGC.

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