jeudi 23 août 2012

The Soft Moon - Interview




English version here

L’édition 2012 de la Route du Rock fut très belle. La programmation, risquée, leur a malheureusement fait défaut mais le contrat est encore une fois parfaitement rempli artistiquement parlant.
Dans les coups de cœurs on peut citer Stephen Malkmus & The Jicks, Civil Civic, Lower Dens, Hanni El Khatib, Mazzy Star, Chromatics, etc…

The Soft Moon étaient attendus et ils ont brillamment remporté la palme de la plus grosse claque de l’édition été 2012 du festival malouin.
Un show brutal, tribal, industriel où leurs habituelles vidéos projetées (pas possible à mettre en place techniquement sur ce concert) avaient laissé place à des jeux de lumière incisifs en noir et blanc hypnotisant. Nous fûmes définitivement conquis.
On les connaissait déjà via leurs principales sorties, un album éponyme en 2010 et un EP « Total Decay » en 2011 chez Captured Tracks.
Pour ceux qui découvrent, leur musique est plutôt sombre, souvent instrumentale ou portée par des cris lointains et rythmiquement obsédante toute en atmosphères angoissantes mais parfois chaleureuses. Vous trouverez quelques liens à écouter dans cet article. Leurs concerts ressemblent à ce que l’on peut s’imaginer être une apocalypse. Ils viennent de San Francisco, ont traversé l’océan spécialement pour leur concert et ont donc passé le weekend en Bretagne.

Nous avions rendez-vous avec Luis Vasquez, l’homme à l’origine du projet, le lendemain de leur performance, sous une chaleur étouffante. Luis est une crème, l’antithèse de ce que l’on aurait pu imaginer vu leur folie sur scène. On a parlé de tout et de rien et de ce qui tourne autour de sa musique…

« On a foiré la dernière chanson mais apparemment personne ne l’a remarqué! C’est pour ça qu’on aime bien jouer quand tout le monde est bourré, et moi aussi… (rires)

Leur prochain album « Zeros » sortira le 30/10 prochain et promet d’être une tuerie. Ils repassent en France au mois de Novembre, à ne louper sous aucun prétexte !



x Tu as un environnement cinématographique en particulier ?

Luis: En termes de réalisateurs, je dirais, David Cronenberg, notamment le film « La Mouche ». Et aussi Gaspard Noé. En fait, je me dis que j’aimerais vraiment travailler avec eux. Ils sont vraiment influents pour moi.
L’univers et l’approche de Gaspard Noé, ce que l’on retrouve dans ses films et bandes originales, visuellement et soniquement, sont des choses que j’utilise dans ma musique.
Pour Cronenberg, je suis influencé par ses thèmes de prédilection que sont l’horreur et le corps humain, des choses qui te mettent vraiment mal à l'aise.

Ma musique, c’est aussi moi, mal à l’aise avec mon corps et l’anatomie et la biologie... Donc les sons essaient de créer, d’imiter ces sentiments d’agonie ainsi que mes réflexions sur la façon dont ma gorge fonctionne, c’est assez flippant…
J’ai souffert d’anxiété, ça explique pourquoi on y retrouve beaucoup de rythmes rapides, assez anxiogènes, et ça peut faire un peu peur !

x Mais elle fait aussi danser…

L: Oui, je pense que c’est important de danser sur la musique. C’est un peu primitif dans un sens, comme les tribus qui dansent pour appeler un dieu ou pour communiquer.

x Un peu comme du vaudou?

L: Tout à fait, d’autant plus que ma famille vient de Cuba, ma Grand-mère… et ils pratiquent le Santería. Ils utilisent la musique pour provoquer certaines choses, pour guérir ou des trucs du genre donc ça se retrouve aussi dans ma musique. 

x Tu n’as jamais composé pour un film?

L: Peut-être dans le futur, c’est en tout cas l’un de mes objectifs. On m’a demandé d’écrire la musique d’un film il y a un an et demi mais celui-ci est sans cesse repoussé donc en gros j’attends que ça avance de leur côté et je profiterai évidemment de cette opportunité.



x Il y a quelqu’un qui travaille avec toi sur l’aspect visuel?

L: Oui, c’est Ron, on y travaille ensemble. Je lui amène les concepts et lui a les capacités techniques pour les mettre en forme. Quand je serais revenu chez moi, on va d’ailleurs se remettre à travailler. J’aimerai changer notre aspect visuel actuel pour coller au mieux avec le nouvel album qui sort en octobre.

x Tu te sens proche d’autres formes d’art donc ?

L: En fait, je considère déjà The Soft Moon comme un projet artistique multimédia donc je peux dire que je fais parti du « monde de l’art » (rires)

x Est ce que vous projetez de jouer/performer dans des endroits autres qu’une salle de concert? Je pense au concert que vous avez donné au Fotografiska Museet à Stockholm en mai dernier?

L: C’était un super concert, vraiment spécial. J’ai bien aimé qu’on puisse y exprimer pleinement nos éléments visuels car ceux-ci était en panoramique et recouvraient tout le monde.

Sinon ouais, on en parle depuis un petit moment. On aimerait bien mettre en place une sorte de « tournée des musées » donc plus sur un concept d’exposition artistique. Ca pourrait être génial et ça permettrait vraiment d’insister sur l’aspect « multimédia » de The Soft Moon, plutôt qu’un simple groupe.

x Parle-nous de ton label Captured Tracks et d’autres qui ont pu te marquer:

L: A propos de Captured Tracks, c’est intéressant, et j’y pense beaucoup. Je me sens un peu différent chez eux, en temps que groupe/projet, par rapport aux autres artistes signés. Mais au final ça fonctionne très bien, plein de gens trouvent ça intéressant et moi également. Avec Mike Sniper on est de bons amis et on parle souvent. Quand je viens à New York je dors sur son canapé.

Sinon, bien sûr je pense à Factory, les vieux 4AD, Beggars Banquet… Aussi à 99 Records, le label New Yorkais avec des groupes comme Liquid Liquid que j’adore.

x Comment tu te sens par rapport à la scène musicale de San Francisco qui est plutôt connue pour son orientation psyché, garage… ?

L: Sans aucun doute différent de la plupart de ce qui se passe à SF. La ville a une sorte d’histoire et un son propre à elle-même et de nombreux groupes s’y retrouvent. Je suis un peu le « connard » (asshole) de là bas (rires). Mais à l’origine je viens de Los Angeles donc ça a surement plus de sens vu que j’ai grandi là bas.

x C’est plus violent ?

L : Oui, violent, je pense. San Francisco est plus relax, plus politiquement correct…

x Mais malgré cette différence, tu aimes quand même la musique de SF non ? comme Thee Oh Sees etc… ?

L : Ah oui bien sur, j’adore ce qui se passe là bas. Bon ok, on va plutôt dire que je suis le bâtard (bastard) plutôt que le connard (rires)…


- Nouvel Album - ZEROS sortie le 30/10/2012 (US) et 05/11/2012 (Europe) - Captured Tracks
- Prochains concerts en France (entre autres): le 14/11/2012 avec Ty Segall à l'Antipode (Rennes), le 15/11 au Point FMR (Paris)...

Interview: B & Marion Candy








(c)Julie_Bonato

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