vendredi 11 novembre 2011

Shimmering Stars, trio nostalgique - Interview




Cinéma en plein air et Cadillac Eldorado, robe mi-mollet et foulard noué autour du cou pour elle, costume noir pour lui. L’image toute droite sortie des années 50 se précise au fur et à mesure que se déroule l’album « Violent Hearts » des Shimmering Stars. Un groupe 50's ? Non, juste un trio de Canadiens amoureux des Everly Brothers et de tout ce qui touche de près ou de loin aux débuts du rock et de la pop. Andrew Dergousoff, 28 ans (batterie et voix), Brent Sasaki, 31 ans (basse et voix) et Rory McClure, 28 ans (guitare et voix) mêlent avec succès leurs influences 50's et 60's à des sonorités   pop indé plus contemporaines sur les quatorze titres qui composent leur premier album, sorti en septembre dernier. Résultat: une dream-pop atemporelle à la mélancolie enivrante. Entretien avec le Shimmering Star Rory McClure. 


x Comment vous-êtes vous rencontrés?

Nous sommes tous originaires de Merritt, une petite bourgade de Colombie britannique qui s’est autoproclamée « capitale de la musique country au Canada ». Nous avons tous les trois grandis en écoutant du rock indé et du punk rock, en faisant du skate, en publiant des fanzines, et en jouant dans des groupes. Nous nous connaissons depuis bien trop longtemps d’ailleurs, et nous avons secrètement envie de nous tuer les uns les autres.

x Comment vous est venue l’idée de former un groupe?

Nous nous sommes lancés là dedans pour rouler en limo et apprendre à piloter un jet. Mais en tournée on a dormi la plupart du temps par terre sur des sols gelés, en essayant tant bien que mal de ne pas choper une pneumonie. Quelque chose a du foirer quelque part !

x Pourquoi avoir choisi de mettre l’accent, dans vos morceaux, sur des sonorités caractéristiques de la pop des années 50 et 60 ? Pensez-vous que ce type de musique nous parle encore aujourd’hui?

Au départ Shimmering Stars était un projet circonscrit au cadre de ma chambre. C’était une excuse pour céder à mes pulsions pop les plus effrontées, et pour explorer les sonorités propres au rock’n’roll et à la pop des débuts.
Pour moi, ces influences sont toujours pertinentes aujourd’hui, car les mélodies de cette époque sont intemporelles.  La musique pop des années 50 et 60 apporte de la sincérité à la musique indé actuelle, qui est basée sur l’ironie et le détachement.

x D’où vient votre goût pour cette musique?

Je l’écoutais en boucle quand  j’étais plus jeune. Je l’ai négligé pendant un moment, mais après avoir redécouvert les Everly Brothers  elle m’a obsédé. Je la trouve géniale, dingo, mais aussi étrangement sombre.



x Qu’écoutez-vous habituellement?

J’ai l’impression que je suis en train de me débarrasser de ma phase « sad bastard music » [expression qui fait référence au film High Fidelity et qui désigne une musique mièvre et/ou morose, ndlr]. Par exemple je ne sens pas du tout le nouvel album de Bon Iver, alors que mon ancien moi, le fan de musique pleurnicharde l’aurait adoré.
J’écoute beaucoup deux groupes locaux: Manic Attracts et Lost Lovers Brigade. A part ça : Kurt Vile, les trucs les plus récents de Pixies, le nouvel album de Male Bonding, Besnard Lakes- super groupe canadien, ce qui est rare, et beaucoup de Zydeco et de musique Cajun,  je ne m’en lasse pas !

x Une chanson préférée et/ou un musicien ou un groupe préféré?

Chanson : « Hey » de Pixies  
Groupe : Yo La Tengo, Pixies, Wolf Nebula !

x Comment avez-vous choisi vos labels (Hardly Art, sous-division de Subpop, aux Etats-Unis et Almost Musique en Europe)? Est-ce vous qui les avez contactés, ou l’inverse ?

C’est eux qui nous ont contactés. Benjamin de Almost Musique était la première personne travaillant dans un label à me joindre. On a signé avec eux pour l’Europe au départ. Depuis, nos vies sont un véritable enfer.
Hardly Art nous a contacté un petit peu plus tard. Ils nous ont dit : « les mecs vous allez être le nouveau Nirvana ! » Donc nous avons vendu notre âme à Hardly Art et nous n’avons jamais regretté de l’avoir fait !


x Qui s’est occupé de la réalisation de vos clips?

Les vidéos de « I’m Gonna Try » et « Nervous Breakdown » ont été réalisées par nos amis de Salazar. Ils déchirent. Nous sommes vraiment chanceux d’avoir pu travailler avec eux à deux reprises.





x Une passion mis à part la musique?

Brent et moi nous sommes assez branchés bières, surtout la bière belge. J’adore faire du skateboard, mais en ce moment je suis plutôt simple spectateur parce qu’en tant que dinosaure je me suis fait mal pratiquement chaque fois que j’ai mis un pied sur une planche.  Andrew quant à lui est très manuel, il fait des dioramas [peinture panoramique sur toile présentée dans une salle obscure afin de donner l’illusion de la réalité et du mouvement, grâce à des jeux de lumière, ndlr] mais aussi des œuvres d’art tordues.

x Avez-vous un job (en dehors de votre implication dans le groupe)?

Nous ne pouvons bien entendu pas vivre de notre musique. Personne ne sait vraiment ce que fait Andrew, mais il porte des costumes et semble faire quelque chose d’important. Brent vend son corps la nuit, et moi je m’entraine pour devenir prof en secondaire.

x Votre journée ou soirée-type ?

La journée on bosse ou on fait ce que les gens font généralement. Le soir on réveille la bête qui sommeille en nous. Et on ne sait jamais ce qui va en sortir.

x Fêtards les Shimmering Stars?

Pas autant que lorsque nous étions plus jeunes. Mais nos concerts ont tendance à dégénérer. On vole souvent de l’alcool et on terrorise le public. Pour nous, la musique est un exutoire, elle nous permet de faire les imbéciles et de se marrer. En tournée, on est quasiment tout le temps ivres. On est des modèles à suivre !

x Pour revenir à la musique, y a-t-il ne scène musicale indé au Canada? Si oui, quels en sont vos groupes favoris ?

Bien sur qu'il y en a une! Il y a Chad VanGaalen et Women. Il n’y a pas des tonnes de bons groupes mais il y a vraiment une scène indé en bonne santé. Toronto et Montréal sont plus branchées musique que Vancouver.

x Pour nous, votre musique ressemble justement à celles de Chad VanGaalen et Women, qu’en pensez vous ?

Merci ! Géographiquement parlant je suis d’accord car nous sommes tous de Calgary, tout prêt de Vancouver. J’adore Women et Brent est un grand fan de Chad VanGaalen donc je ne serais pas surpris si notre musique était influencée par ces deux groupes. Concernant la production il y a vraiment des similarités et je crois que Chad VanGaalen enregistre dans son sous-sol. Nous, c’est dans notre garage: le voilà le lien !

x Une tournée prévue prochainement ?

Nous ferons une petite tournée autour de notre date au SXSW [South by South West, festival de rock indé à Austin, Texas, ndlr] en mars prochain. Nous adorons Austin, du coup nous sommes plus que prêts à y aller ! J’espère vraiment qu’on ne se fera pas arrêter !

Almost Musique, label français créé en 2099, compte jusqu’à présent six groupes à son actif. Thus: Owls, né d'une rencontre entre la choriste suédoise de Lonely Dears et le guitariste canadien de Patrick Watson. The Daredevil ChristopherWright, groupe de folk originaire du Wisconsin. Arlt, duo blues qui chante en français. Mariee Sioux, californienne adepte de l'acid-folk. Les suédois d'HhappinessEt Shimmering Stars. Pour Benjamin CasChera, co-créateur du label, le seul point commun de ces quatre groupes est leur présence sur Almost Musique. Car l'objectif du label, comme il l'explique, est de "sortir des disques sans limite de genre".  Et d'ajouter: "On pourrait très bien sortir un album de rocksteady comme un disque de garage ou de rockabilly ou encore de folk." 

Carole Boinet




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